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Congrès de chant liturgique

à l’institut de théologie Saint Serge (Paris) 22 - 24 mars 2008

Présidé par l’archiprêtre Michel Fortounatto et organisé par plusieurs chefs de choeur ce congrès de chant liturgique francophone a réuni plus de 80 participants venus de la France entière en la présence de l’archevêque Gabriel de Comane.
De notre paroisse, le lecteur César et Katia Péridy, notre chef de choeur, ont pu assister à une grande partie de ce congrès.

Le congrès a débuté par une allocution de notre Archevêque, Mgr Gabriel, exarque du Patriarche œcuménique.
Les conférences se sont ensuite succédées très rapidement et de façon très riche, les intervenants étant tous des spécialistes de grand renon. Après une conférence du père Nicolas Lossky sur le thème de la théologie de la musique orthodoxe, le Père Michel Fortounatto a développé le thème de l’histoire du chant de tradition russe ; il a rappelé ses origines byzantines, l’apport de Cyril et Méthode, qui ont créé la langue liturgique, le slavon. Le chant est différent de la parole, il véhicule l’enseignement de l’église. Le chant était à l’origine un chant à l’unisson, composé de formules, sorte de jeu de dominos, rassemblées en 8 tons. Il a connu plusieurs périodes dans son évolution : le chant le plus ancien est le chant znamenny, puis il a eu la tradition de Kiev, la tradition grecque et bulgare, avec des harmonisations plus simples. Le chant est devenu polyphonique à partir du XVIIème siècle. Mais il a su conserver son originalité.
Jean Drobot a ensuite parlé du répertoire. On trouve 3 types de chant : le syllabique, pour les stichères, le type moyen, sur des chants plus connus et le genre mélismatique, qui vient de Byzance et qui est très difficile à chanter et est souvent réservé à des spécialistes. Jean Drobot a rappelé les différents épisodes de l’évolution du chant, le choc avec l’Occident qui a apporté un brassage de style, le schisme des vieux-croyants, l’influence de Pierre-le-Grand : le chant doit être pour le bien-être de l’homme. Le style de cour est très influent. On trouve des compositeurs importants comme Bortnianski, puis Lvov, puis Kastalski.
Un grand théoricien, Yvan von Gardner, en 1930, écrit une série d’articles, et insiste sur l’ascèse qui doit être vécue dans le chant.
Le Samedi après-midi, un jeune chef de chœur, Matthieu Malinine, nous a instruit sur le thème de la direction chorale.
Voici une petite liste :
Le chef de chœur doit avoir l’image intérieure de ce qu’il va chanter.
Il doit savoir donner le ton, indiquer les respirations, le phrasé
Il doit avoir des notions de technique vocale.
Il doit savoir analyser, avoir une bonne oreille.
Il doit savoir gérer un chœur, connaître l’acoustique du lieu, savoir placer les chanteurs
Il faut organiser des répétitions
Il doit avoir une formation musicale
L’aspect pédagogique est aussi à considérer
Il doit avoir une vie spirituelle, une connaissance de l’ordo, de la tradition, du répertoire, des offices, savoir ce que fait le prêtre.
Il doit veiller à la beauté du chant et choisir le répertoire approprié
Il doit avoir le sens du rythme.
A la suite de cet exposé, monseigneur Gabriel, impressionné comme tous les participants par les connaissances qu’un chef de chœur est supposé avoir, est intervenu avec son humour habituel, pour rassurer chacun d’entre nous.
La conférence suivante portait sur l’oeuvre de Maxime Kovalevski, ses ouvrages de réflexion sur le chant liturgique, ses compositions. Il a écrit la “Kyriale”, et a rappelé le contexte de l’arrivée de ces jeunes orthodoxes après l’exil qui a suivi la révolution russe. Lors d’une table ronde, plusieurs chefs de chœur de paroisses ont parlé de leur expérience dans leur paroisse respective. Dans une paroisse, toute l’assemblée chante. Une autre rappelle que dans une paroisse, le prêtre, le chœur, le peuple, chacun est responsable.
La question du typikon s’est aussi posée : actuellement il est impossible d’appliquer le typikon tel qu’il est, mais nous manquons de critères clairs.
La première journée s’est achevée par la célébration des Vigiles à la crypte de la Sainte Trinité (crypte de la Cathédrale, rue Daru).
Le lendemain, la Divine Liturgie nous a à nouveau rassemblés. Ces offices étaient très beaux. Le Dimanche après-midi, les conférences se sont intéressées au texte français. Mario Hacquard nous a parlé du paradoxe de la mélodie française. « un mot beau à dire, beau à chanter, beau à prier »
Il nous a parlé des particularités de notre langue : les «e» muets, les «an», les «on», «un» , les «r», les rouler ou non, l’accent tonique. A partir d’exemples de mélodies, de Debussy à Poulenc, il nous a montré comment chanter le texte, sans emphase. C’était une conférence pleine d’humour, très enrichissante.
Sophie Stavrou a ensuite parlé de la poésie et de la musicalité du français, en citant un certain nombre de poèmes, de Raimbaud, de Racine, de la façon de dire le «e», les diphtongues, les accents, et l’évolution dans l’histoire.
La conférence suivante par le Père Job Getcha, était intitulée : “christologie et salut ; approche de la tradition de l’Église orthodoxe par les textes liturgiques.”
Les conférences de la fin du dimanche portaient sur l’adaptation aux textes français des mélodies liturgiques russes (Nathalie Korotkoff), sur la rétrospectives du travail dans quelques paroisses (Père Nicolas Rehbinder).
Le lundi matin, la réflexion portait sur les stages de chant, la possibilité de créér une bibliothèque de partition, la place de la composition de chant polyphonique en français. Je n’ai pas pu assister à ces dernières conférences, qui ont du être passionnantes, car elles nous intéressent concrètement.
Ce congrès a donc pu permettre de mieux comprendre d’où vient ce chant que nous utilisons à chaque office, ses origines, son sens, son évolution, sa structure. Merci aux organisateurs.
Nous souhaitons que cet enrichissement personnel nous permette de mieux comprendre la tradition dans laquelle nous nous inscrivons, et comment mieux transmettre par le chant, le sens des textes que nous chantons chaque semaine.
Katia Peridy

Après l’ouverture du Congrès par notre archevêque Mgr Gabriel, les sessions se sont rapidement succédées riches d’enseignements théologiques et musicaux.
Puis vint le moment de la vigile du dimanche, temps fort du congrès tout comme la divine liturgie où nous avons “formé” un grand choeur de chanteurs pour la plupart chefs de choeur ou lecteurs (comme moi) dans leurs paroisses. C’est le père Michel Fortounatto qui dirigeait magistralement le grand choeur, où j’ai chanté, et Jean Starinkévitch le chœur de droite. Ce fut un très bel office bien que nous n’ayons pas répété. Le dimanche matin, un splendide soleil illuminait paris (il pleuvait des cordes la veille) et à 9h45 nous étions en place dans la crypte pour la divine Liturgie au cours de laquelle eut lieu l’ordination d’un prêtre suédois par son éminence Gabriel.
De beaux chants conduits par père Michel et une très belle et efficace homélie de notre Archevêque ornèrent cette liturgie du deuxième dimanche de carême.
Après le déjeuner à l’institut St Serge le cycle des conférences et interventions reprit. Comme celles de la veille, toutes étaient intéressantes. En particulier celles de Marie Hacquart (mélodie française) : intéressant exposé sur la nécessité de se faire comprendre par les fidèles quand on chante. Nathalie Korotkoff sur l’adaptation aux textes français des mélodies russes (l’accentuation, la prononciation, le choix de la mélodie etc..) dans le but de servir la Parole.
Le père Nicolas Rehbinder et Serge Zimine sur le travail au service du chant liturgique en français. M’a également marqué l’intervention de Matthieu Malimine sur la direction chorale pour le chant liturgique. Suivit un café qui fut l’occasion de faire connaissance et de retrouver des amis.
Nous avons répété sous la direction efficace et motivante du protodiacre Alexandre Kédroff. Puis ce furent les vêpres du dimanche soir. Atmosphère de fin de fête mais très priante. Mgr Gabriel était là. En plus des chants en français, il y eut un prokimenon du soir en mélodie byzantine…
Après le dîner où nous avons échangé autour du chant et d’autres sujets…ce fut pour moi le moment de prendre congé et retourner vers notre belle région. En résumé, beaucoup de très bonnes choses en très peu de temps. Cela donne envie de recommencer l’année prochaine. Merci Seigneur.
Lecteur César

Habituellement les célébrants – et notamment l’évêque qui préside l’assemblée liturgique – tournés vers l’orient, représentent justement ceux qui conduisent le peuple de Dieu vers la Terre promise. Ce dimanche 23 mars, c’était moins les célébrants qui conduisaient le peuple chrétien que la chorale qui poussait le clergé, qui exerçait une pression indicible sur lui, qui le portait par le souffle inspiré des voix pieuses de tous les choristes, attentifs aux indications données par son chef de chœur, le père Michel.
Tout cela illustre merveilleusement une idée sur laquelle revient souvent Monseigneur Gabriel, quand il s’adresse, à la fin de la liturgie, juste après le Congé, aux membres de l’une des paroisses qu’il visite, à l’occasion de ses déplacements pastoraux, que ce soit en banlieue, en province ou même à l’étranger. Cette idée, qui lui est particulièrement chère, c’est que le chant liturgique est au service conjointement de la prière et de la théologie vivante de l’Église.
Merci au père Michel Fortounatto, au lecteur Jean Starynkevitch et à tous les choristes, présents à la Crypte et au congrès, de nous avoir offert magistralement une illustration concrète de cette belle idée de notre archevêque.
C’est ce qui explique la raison pour laquelle ce congrès de chant liturgique s’est déroulé à l’Institut Saint Serge sous la présidence de Monseigneur Gabriel et que ce dernier ait tenu tout particulièrement à être présent tout au long de ces trois journées de réflexions, de débats et de discussions, entrecoupés bien sûr de chants et de prières, afin de montrer que la vie de l’Église repose aussi sur la qualité et la ferveur du chant liturgique porté – au sens de supporté – par ces hommes et ces femmes qui veulent témoigner, par là, de leur attachement profond, de leur dévouement et de leur fidélité à notre Seigneur.
Hiérodiacre Alexis

 

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