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Rencontres en Syrie

Le mois d'octobre est une belle saison pour aller découvrir la Syrie. Nous y avons passé 10 jours, Yves Beuchet et moi-même, répondant à une invitation de Michel Al Saba et de sa famille, dont beaucoup se souviennent dans la paroisse.
Je ne vais pas vous raconter tout notre voyage, ni vous décrire les nombreux sites touristiques que nous avons visités. Grâce à Michel, nous avons eu l'occasion de rencontrer la communauté chrétienne orthodoxe et lors de notre périple nous sommes allés prier dans quelques hauts lieux chrétiens de Syrie et nous avons pu visiter d'anciens monastères et d'anciennes cités chrétiennes. Je voudrais vous traduire ici les impressions et les sentiments que m'inspirent cette expérience.


au monastère Deir Mar Moussa

Quelques mots en guise d'introduction sur les richesses touristiques de la Syrie. Les grandes civilisations de l'Antiquité jusqu'au Moyen-Âge y ont laissé des monuments spectaculaires.
Depuis le site d'Ebla typique de la culture mésopotamienne, en passant par les villes romaines d'Apamée, de Palmyre et de Bosra, les églises byzantines du massif calcaire, jusqu'aux châteaux construits par les croisés, le Krak des Chevaliers, sans parler de toute l'architecture musulmane, la mosquée des Omeyyades et les nombreux palais de Damas. Dix jours ne nous ont pas permis de tout voir et nous invitons tous nos amis qui aiment parcourir les traces des civilisations méditerranéennes à faire ce voyage en Syrie.

Autant qu'Israël, la Syrie est devenue le berceau du christianisme. On ignore le plus souvent que l'essor du "mouvement de Jésus" s'est fait au nord de la Galilée. Les actes des apôtres (Act. 8/1-4) relatent la migration en Syrie d'un groupe de chrétiens "hellénistes"rejetés de Jérusalem. Ils longent toute la côte syrienne, jusqu'à Antioche, en évangélisant des non chrétiens. Après eux vinrent d'autres émigrés créant des communautés chrétiennes très variées.
N'est-ce pas à Damas que Saül persécutait les chrétiens avant d'être "terrassé" par la Grâce ? La chapelle qui est dédiée à Saint Paul, construite dans le mur d'enceinte de Damas est un lieu de pèlerinage incontournable.

Aux premiers siècles, avant l'invasion islamique, beaucoup de villes étaient chrétiennes et beaucoup d'ascètes s'étaient retirés dans les "déserts" syriens.
Il est impressionnant de déambuler dans les ruines de Sergila où l'on découvre de nombreuses traces d'une cité chrétienne.
Il est émouvant de visiter les restes du magnifique sanctuaire de Saint-Syméon le stylite et de voir le reste de la colonne où il passa 37 années en prières. A Damas même, c'est l'église dédiée à Saint Jean Baptiste qui est devenue le cœur de la grande mosquée des Omeyyades. Elle est encore décorée de superbes mosaïques byzantines et les musulmans y vénèrent le tombeau de Jean-Baptiste qui est pour eux un prophète.

Notre voyage nous a aussi amenés dans des monastères actuels.
Tout d'abord, au nord de Damas, à Seydnaya où un grand monastère trône au sommet d'une belle falaise. On vient y vénérer une icône de la Vierge, qu'on dit peinte par Saint Luc. Dans le petit sanctuaire, nous avons chanté le chant à la Mère de Dieu, "Il est digne….". Une religieuse présente à ce moment là, heureuse de rencontrer deux orthodoxes de France, a bien noté que nous chantions une mélodie russe. En même temps que nous, une centaine d'enfants encadrés par des jeunes étaient venus recevoir la bénédiction donnée avec l'huile sainte qui avait touché l'icône sacrée.
Plus au nord, il existe une autre cité chrétienne, Ma'aloula. Dans la chapelle Saint Serge (martyr syrien du 3ème siècle), on chante encore une partie des offices en araméen, la langue du Christ. Dans le monastère Sainte Thècle, on visite la grotte creusée dans le calcaire où a vécu cette disciple de Saint Paul.
Et encore un peu plus loin de Damas, nous avons fait la montée à pied jusqu'au monastère Deir Mar Moussa. C'est là que le père jésuite Paolo a bâti un monastère, autour le la vieille chapelle décorée des très belles fresques du 11ème siècle. Il veut faire de cet endroit un lieu ouvert à tous, point d'accueil spirituel et pôle de rencontre entre chrétiens et musulmans.
Ces villages chrétiens appartiennent au patrimoine syrien et il n'est pas rare d'y voir des musulmans "en pèlerinage".

Lors de notre séjour à Damas, Michel, entre deux réceptions chez Fadia, sa maman, a tenu à nous faire rencontrer sa paroisse.
Dès le lendemain de notre arrivée, c'était un mercredi soir, nous avons participé à une liturgie dans l'église de la sainte Croix. Plus de 300 personnes étaient là, une chorale d'une dizaine de jeunes constituait le chœur. Une grande partie des fidèles a communié. Et à la sortie de l'office, tout le monde se saluait. On sent bien, et c'est un parallèle avec notre paroisse nantaise, que cette communauté chrétienne forme un groupe minoritaire qui cultive des liens personnels très forts.
Une autre rencontre a été intéressante. Après des vêpres, célébrées dans une nouvelle église de Damas (6 fidèles !), le père Jean, recteur de cette paroisse nous a reçus pour discuter autour du thé traditionnel. C'est un ancien étudiant de Saint-Serge et le fait qu'il soit diplômé de français a facilité les échanges. Après avoir évoqué nos relations communes, nous lui avons raconté la belle histoire de notre paroisse nantaise et parlé de notre vie paroissiale.
Nous lui disons notre admiration devant la ferveur des chrétiens de Syrie. Le père Jean ne nie pas mais souhaite apporter un bémol. La foi de ses fidèles est une foi du cœur, liée à des traditions familiales, il aimerait qu'il y ait davantage de démarches d'approfondissement spirituel.

Michel nous a aussi expliqué le rôle dans l'église du Mouvement de Jeunesse Orthodoxe, auquel il appartient. Ce mouvement est au service de l'archevêché et se met directement à la disposition des paroisses pour différentes missions : chant liturgique, catéchèse des enfants, organisation de camps d'été. Nous avons eu aussi la chance de pouvoir passer un moment dans sa paroisse, le soir de l'assemblée générale. Elle réunissait une centaine de personnes réparties en plusieurs commissions où des paroissiens engagés au service des autres faisaient un bilan de leurs activités pastorales mais aussi à caractère social. Les quelques échanges que nous avons pu avoir, en anglais et en français, nous ont éclairés sur leur travail et aussi sur la façon dont ils voient les chrétiens de France.

Pour résumer, en dehors des découvertes purement touristiques, nous avons pu mesurer combien ce pays est proche de nos sources chrétiennes et nous garderons en mémoire pour nous servir d'exemple stimulant la foi et le dynamisme des communautés chrétiennes.

Guy L.
09/12/10

 

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