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Interview de paroissiens - octobre 2005

Témoignages de Michel et Ramona

Ramona et Michel, tous deux étudiants, sont depuis plusieurs mois dans notre paroisse. Avec le départ de Ramona, l'idée m'est venue de leurs poser quelques questions. En effet comment eux, venants de pays de tradition orthodoxe, ont vécu leur foi à Nantes au sein de la communauté paroissiale. Je les remercie profondément d'avoir répondu à mes questions.
Bénédicte R.

-Question : Chers Ramona et Michel je suis heureuse de pouvoir vous poser quelques questions mais tout d'abord pourriez-vous vous présenter.
Ramona Martinescu : Je m'appelle Ramona, je suis roumaine de la région de Moldavie. Je suis venue en France en novembre 2003 pour faire des études de médecine. J'ai tout d'abord habité un an à Tours, et je suis venue ensuite à Nantes en novembre 2004. A Tours, il y avait 2 paroisses orthodoxes : une de l'exarchat russe (Constantinople) et une d'Antioche.
Michel Al Saba : Je suis venu en France à Nantes en octobre 2002. Je suis syrien de Damas, là où St Paul a trouvé le chemin du Christ et est devenu l'apôtre des nations par la volonté de Dieu, et là où est née l'église des premiers nommés chrétiens. Je fais des études d '"automatiques informatiques appliquées ". J'ai passé un DEA à Nantes, et maintenant je termine une thèse de Doctorat à Angers.

-Question : Comment avez-vous connu l'existence de la paroisse à Nantes ?
Michel : Je fais partie du Mouvement de jeunesse orthodoxe d'Antioche. Organisateur de festivals et de rencontres dans mon pays, je connaissais donc Syndesmos (fédération mondiale des mouvements de jeunesses orthodoxes). J'ai donc envoyé des emails à Syndesmos qui m'ont donné votre téléphone. Quand je t'ai appelée, Bénédicte, tu m'as répondu que la prochaine Liturgie était le 23 novembre, c'est-à-dire 2 à 3 semaines après! Mon premier étonnement était qu'il n'y avait pas de liturgie tous les dimanches !!
Ramona : Pour moi aussi, c'était un grand étonnement. Je pensais trouver une église grecque ou russe ouverte le dimanche, même si ce n'était pas tous les jours. A Nantes, j'ai cherché dans les pages jaunes et je suis arrivée à l'adresse du secrétariat !! C'était un dimanche sans Liturgie. Donc, Bénédicte, tu m'as ouvert et expliqué qu'il y avait des liturgies à la chapelle St Marc, mais pas tous les dimanches.
Michel : J'ai eu aussi l'adresse de M.Vatinos (responsable grec de la paroisse). Et j'ai sonné sur tous les boutons des interphones mais il avait déménagé. Je voulais juste trouver l'église pour y participer.

-Question : voilà, vous avez trouvé l'adresse de l'église et vous vous êtes retrouvés à la chapelle St Marc, église catholique aménagée le temps de nos liturgies en chapelle orthodoxe. Qu'avez-vous ressenti ?
Ramona : C'était étrange. En Roumanie on trouve des églises à tous les coins de rue, les cloches sonnent….ici c'était une église non reconnue. A Tours, elle se trouve cachée dans une maison en retrait, mais je ne sais pas exactement de quelle maison il s'agit, c'était ça l'impression qu'elle m'a donné, comme si c'était " illégal ". Michel : Quand j'ai sonné chez M. Vatinos, j'étais très déçu et ne comprenait pas pourquoi il n'y avait pas la maison du prêtre. Pourquoi il n'y avait personne pour me répondre. Quand je suis arrivé pour les vêpres la première fois, il y avait un office pour les défunts avant (pannikhide). Je ne comprenais rien car tout était en russe. Je me suis dit " J'espère que tout n'est pas comme ça, sinon je dois apprendre le russe !! Mais je suis venu pour apprendre le français ". Quand les Vêpres ont commencé et que j'ai entendu le français, j'ai remercié le Seigneur. J'étais content.
Ramona : Je dis tant mieux que l'église catholique nous prête une église. C'est gentil. Et à Paris aussi une paroisse roumaine célèbre dans la crypte de l'église St Sulpice. J'étais surprise par la grande diversité de la communauté quand j'ai entendu toutes les langues. On se sent comme chez nous.

-Question : Comment vivez-vous votre foi en France ?
Ramona : mieux et pire. Pire, car l'église n'est pas disponible quand on veut. Je ne peux pas mettre un cierge avant un examen, quand j'ai besoin d'un conseil je ne peux pas voir le prêtre comme ça, quand je veux me confesser non plus. Mieux ,il y a une grande solidarité. Comme nous sommes minoritaires, nous sommes soudés dans une communauté autour du prêtre. Tous unis. En Roumanie il n'y a pas d'agapes, sauf pour des événements comme les baptêmes ou les enterrements mais pour les proches. On ne se sent pas toujours utile. Si tu veux chanter dans un choeur, ce sont des chœurs " professionnels ". Mais je fais référence aux églises des grandes villes. À la campagne, c'est tous les paroissiens qui sont invités à chanter, parce qu'il n'y a pas des chœurs formés. Ici, si tu t'impliques, tu peux être très content et te donner à fond. Les orthodoxes occidentaux se sont leurs propres résultas. En Roumanie, l'état aide l'église. Ici, on reste après la liturgie, on échange, on se rencontre. Michel : Je suis d'accord avec le positif. En attendant la 1ère liturgie le dimanche, je suis allé à l'église catholique sans communier mais pour prier. J'avais besoin de ne pas rester seul .Mais j'ai besoin d'être relié au Corps du Christ, sinon je me serais desséché. Je peux prier ailleurs, par contre il y a l'importance de la communion et après je retourne dans mon pays, dans l'église orthodoxe. Chaque membre participe à la Gloire de l'Église, chacun sa contribution. Ici en France, chacun a la chance de pouvoir participer.

-Question : Vous parlez tous les deux de pouvoir participer à la vie paroissiale d'une façon plus accessible mais chez vous vous ne participiez pas ??
Michel : Si, je participais comme responsable du mouvement de jeunesse, comme catéchète et je chantais aussi. Mais ici la grande majorité peut participer. Vous nous avez proposé aussi de faire partie du conseil paroissial. Ramona : Ici on se connaît mieux. En Roumanie nous sommes très nombreux. Je n'étais pas impliquée volontairement. Pour moi l'essentiel c'est la liturgie. Je ne souhaitais pas m'engager dans le social de l'église ou autre chose.
Michel : Là-bas, j'ai senti le besoin de m'impliquer chez moi. Avant mon départ j'ai cherché des relais pour me remplacer.
Ramona : Oui, voilà, certains s'impliquent mais je ne le désirai pas…pour le moment !
Michel : En participant comme membre du Corps du Christ.
Ramona : Ici, la vie en Église c'est comme la vie des premiers chrétiens. Chez moi, l'église est déjà une institution avec plus de routine et une organisation très cadrée. Et chez toi, en Syrie ? Michel : Mais nous, on est plus proche des premiers chrétiens. Nous sommes aussi minoritaires. L'église est séparée du pouvoir. Elle a gardée sa pureté spirituelle mais beaucoup de paroissiens ont gardé cette même simplicité de l'" agapi " amour, partage tout : on partage le Corps et le Sang du Christ et après on partage le repas fraternel et le reste.

À suivre…deuxième partie.

 

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