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Interview de paroissiens - décembre 2005

Témoignages de Michel et Ramona, la suite…

Nous continuons la suite de notre interview avec Ramona, étudiante roumaine repartie depuis en Roumanie, et Michel, étudiant syrien, encore parmi nous pour quelques mois.

- Question : Michel, une des premières fois où tu es venu, tu as acheté un livre de prières en français ; j'étais très étonnée. Tu ne pries pas dans ta langue ici ?
- Michel : J'ai senti le besoin de vivre l'église locale. Si je veux être intégré totalement je dois tout réapprendre en français. Dans ma perspective de rencontrer des français et éventuellement des émigrés de tout pays orthodoxes, je prie en français. Si je prie toujours en arabe je passe à côté d'une richesse. Avec le français, j'ai découvert de nouvelles choses, cela me fait entrer plus encore dans la richesse de l'Eglise.
- Ramona : Moi, je lis toujours la prière en roumain. Mais j'ai aussi acheté un livre de liturgie pour m'intégrer. Pour vivre sa foi il faut comprendre, et c'est la langue du pays où l'on est. La liturgie est en français, je suis en France, je suis en français.
- Michel : Venant du byzantin, la 1ère année j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir les tons slavons, de participer au chœur avec une tradition de typicon un peu différente. Ensuite, j'ai découvert la paroisse antiochienne de Tours et la tradition byzantine en français et j'ai là aussi appris encore autre chose.

- Question : Mais par exemple, Ramona, quand Père Lambert te demande de chanter le Trisagion en roumain ?
- Ramona :Le premier amour ça reste toujours !! Je suis en France et je suis roumaine et cela me fait plaisir.
- Michel : On commence à savoir et à ressentir le Notre Père dans toutes les langues. Quand je l'entends en slavon cela me fait quelque chose, cela me " parle ".

- Question : Il y a deux ans, Michel, tu nous faisais chanter l'hymne à la Vierge en arabe et maintenant nous le chantons en français sur l'air byzantin. Pourquoi ?
- Michel : Il y avait une difficulté pour prononcer les mots correctement et vous ne compreniez pas le sens des paroles. J'ai trouvé chez P. Placide (Deseille) des partitions en français avec la mélodie byzantine, et j'ai ressenti le besoin plus utile de chanter en français.
- Michel : Je me sens l'importance d'écouter du chant byzantin. Par exemple le Trisagion en français sur l'air byzantin. Après la parole, le plus important c'est la mélodie.
- Ramona : Pour moi aussi c'est la mélodie qui parle au cœur.

- Question : En allant à la rencontre de l'orthodoxie française pensais-tu Ramona rencontrer des orthodoxes syriens ?
- Ramona : Cela a été une " très plaisante surprise ". On sait qu'il y a des orthodoxes arabes mais pour nous, arabes est associé à la religion mulsumane. Et rencontrer à l'église orthodoxe 3 orthodoxes syriens c'est déjà ça !! (rire) Je m'attendais à rencontrer des personnes d'autres pays orthodoxes mais pas forcément arabes !!
- Michel : Oui, je m'attendais aussi à une grande diversité. Les différents " Notre Père " c'est devenu inséparable dans la tradition nantaise! J'avais beaucoup envie de rencontrer des orthodoxes d'autres traditions.

- Question : Vous êtes arrivés à la chapelle St Marc et maintenant nous célébrons dans notre église St Basile. Qu'est ce que cela représente pour vous ?
- Ramona : C'est une très belle chose. Entrer dans la normalité c'est bien pour tous. C'est un coin d'orthodoxie française. Pour chacun, c'est comme un coin de leur pays. Bravo, en si peu de temps : 1 an, il y a une chapelle.
- Michel : Gloire à Dieu !
- Ramona : C'est un grand mérite pour tous ceux qui viennent de Challans, La Baule, Angers (n'est-ce pas Michel !!) c'est quelque chose.
- Michel : Une grande ville comme Nantes, communauté âgée de 77 ans c'était dommage de rester dans une église catholique. Maintenant c'est un site que tout le monde peut découvrir.
- Ramona : c'est comme une naissance de l'orthodoxie à Nantes.

- Question : Vous allez repartir, Ramona dans quelques jours et Michel dans quelques mois, et ensuite ?
- Ramona : Ce temps à Nantes est un temps gagné pour ma vie spirituelle. J'ai rencontré beaucoup de gens. Quelque chose restera toujours dans mon cœur avec les orthodoxes de Nantes.
- Michel : Il n'y aura pas de décalage. Je reprendrais la vie de paroisse là-bas mais toujours je garde la communion de prières avec Nantes.
- Ramona : Oui, c'est ça, c'est une réalité et non un souvenir.

Encore un immense merci à vous deux. Nous aussi nous vous porterons toujours dans nos prières. Ramona nous te souhaitons un bon retour dans ton pays avec Sabin, ton mari maintenant, et Michel nous te gardons encore un peu pour notre grande joie.
Bénédicte

Première partie de l'interview

En expérimentant l'orthodoxie… et l'Europe chrétienne…

Sabin, le mari de Ramona, apprenant notre interview a envoyé ce petit texte de réflexion suite à sa propre découverte d'une orthodoxie occidentale lors de ses séjours en France.

En expérimentant l'orthodoxie… et l'Europe chrétienne…
C'est étonnant combien de vestiges chrétiens a pu laisser l'homme depuis voilà deux millénaires…soit en pierre (ou dans les galeries des musées), soit dans la conscience des gens. C'est pour ça que tout ce qui a été fait lors de ce "métier " d'ortho-doxe (= "la juste glorification de Dieu" en grec) au long des siècles doit être gardé et transmis aux générations suivantes, ou selon le cas, ressuscité.
En me promenant dans l'Europe chrétienne j'ai resté ébloui par l'énorme investissement qui a été fait par l'homme au long des siècles, dans la réalisation de ce désidérat (la glorification du Dieu) -je fais référence aux églises et cathédrales levées non sans sacrifices (lire "amour"); et même si malheureusement, leur majorité sont devenues aujourd'hui des musées "d'art chrétien" -donc un souvenir, et non plus une réalité vivante - même si beaucoup des idéaux ont changé dans la vie des gens. Si on vit dans le véritable esprit chrétien on ne peut pas croire que tout ça soit voué à l'oubli définitif, que tout le christianisme d'autrefois se résume aujourd'hui seulement à des photos prises avec frénésie dans les cathédrales et les musées. Où le tourisme de masse est devenu une industrie commerciale dite "culturisatrice", mais trop superficielle pour avoir des conséquences dans l'histoire chrétienne des gens de ce début de III-éme millénaire.
Si cette expérience de nos précurseurs chrétiens est vécue et tenue vivante par nous ,par notre sens du naturel ,du beau et de la sainteté , alors on peut espérer que tout sera sauvé , que l'humanité - même si bien des fois elle a perdu la Source de sa raison d'être - va retrouver ses valeurs chrétiennes comme un héritage qui n'est donné ,depuis toujours, qu'aux fils du Règne…mais que l'on doit goûter, expérimenter, depuis ici dans ce monde ,avant de le vivre pleinement là-bas, dans le monde éternel…car seulement ceux qui aiment et se laissent également aimés peuvent expérimenter le vrai amour ,peuvent accéder au-delà ,dans le Règne de notre Père.

Codrea Sabin, Bucarest octobre 2005

 

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