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2ème dimanche après la Pentecôte

Homélie de Père Antoine pour le 2ème dimanche après la Pentecôte, 17 juin 2012 - Mt IV,18-23

Ce dimanche, la liturgie nous découvre Jésus appelant les quatre premiers disciples.
La mission de Jean Baptiste est terminée, celle de Jésus commence.
Nous sommes en Galilée, le nord de la Palestine, le carrefour des nations, comme on disait… Jésus marche sur le bord de la mer, plus exactement sur le bord du lac de Tibériade. Il rencontre d’abord Pierre et son frère André, puis un peu plus loin, encore deux autres frères Jacques et Jean ; leur père à ceux là, on sait que c’est Zébédée. Les quatre se connaissent bien : ils exercent le même métier, celui de la pêche et probablement, travaillent ensemble. D’ailleurs Jésus fait un jeu de mot sur leur métier : « je ferai de vous des pêcheurs d’hommes ». Ces quatre pécheurs sont de ‘jeunes hommes’, Jean quant à lui, n’est vraisemblablement qu’un adolescent.
On peut penser que ce n’est pas la première fois que Jésus rencontre ces jeunes pêcheurs. Car on ne suit pas, comme cela, le premier venu qui passe sur notre chemin. Le texte ne nous dit rien sur le ‘comment’ qui a fait que, précisément, quatre jeunes pêcheurs un jour ont tout quitté : parents, bateaux, filets, … pour suivre Jésus et faire une soit disant ‘pêche aux hommes’.
Suivre quelqu’un suppose une longue réflexion, des convictions, un mûrissement, un choix ; mais aussi la foi en une personne sinon convaincante du moins qui peut avoir un charisme, une force attractive pour ne pas dire une séduction. Et puis, nous pouvons nous demander encore pourquoi choisir ces hommes là, de simples pêcheurs pour une mission si particulière qui demande des compétences tout aussi particulières. Essayons d’apporter des pistes à ce questionnement. Car Jésus aujourd’hui appelle toujours. Il nous appelle tous personnellement.

Je vais me situer en tant qu’iconographe, j’essaie de comprendre ce qui se passe quand on regarde Jésus dans ses icônes. A-t-il la même attraction que pour les disciples ?
De Jésus, nous ne connaissons pas vraiment les traits sinon ceux que nous laisse le saint suaire, le mandylion, le voile de Véronique et qui transparaissent aujourd’hui encore sur nos icônes. Mais c’est (certainement) là dans nos icônes du Christ que nous pouvons le mieux comprendre comment a brillé la lumière de ses yeux enflammant le cœur des disciples ; comment sa beauté, celle d’un cœur débordant d’amour et qui rayonne sur tout son visage, a séduit ses premiers disciples.
Dans les icônes demeure la ressemblance de celui qui a pris notre humanité. Dans les icônes, nous contemplons non pas la réalité humaine mais l’image du Dieu invisible, le rayonnement de la personne du Père… Ses traits sont ceux d’un être transfiguré et qui précisément nous témoignent que nous aussi, sommes sur ce chemin de la transfiguration, de la résurrection.
Olivier Clément a pu écrire dans son merveilleux ouvrage ‘Visage intérieur ‘ : « La face du Christ constitue donc le ‘visage commun’ de l’humanité : visage des visages, non qu’il abolisse les autres pour se substituer à eux, mais parce que son rayonnement les pénètre, les rends transparents à sa propre lumière, à son incandescence secrète, qui est celle de l’Esprit. Quand nous sommes devant un être de bonté, de paix, de bénédiction, nous sentons qu’il nous entoure, nous prend en lui, nous associe à l’immensité qui sourd en lui. Combien plus rencontrer Jésus signifie être en lui : son visage n’est pas une frontière ou une magie qui fascine, c’est une ouverture de lumière dans laquelle la séparation s’abolit et la différence se confirme. Dans cette ouverture qu’il est, dans cette lumière qu’il communique, nous découvrons le vrai visage de l’autre, libéré des masques, réunifié, secret d’une personne et simultanément lieu de Dieu. Toutes les races, toutes les cultures, toutes les formes d’adoration trouvent leur place, et leur sens ultime, dans cette ouverture. Le visage du Christ sur les icônes, couleur de terre pétrie de lumière, n’appartient pas à la race blanche : c’est le visage abyssal du genre humain, à la fois avant toutes les différenciations, et à travers elles. »

Frères et sœurs, nous aussi, nous sommes appelés à rencontrer le Christ, à découvrir son visage comme les disciples. Nous pouvons regarder Jésus dans la mesure où nous apprenons à être d’abord regardé par lui. Il nous faut nous soumettre au regard de Jésus. Dans l’icône nous sommes plus regardé que nous regardons. Et c’est là maintenant que se pose notre question pourquoi Jésus a-t-il choisi précisément nos 4 pêcheurs ?
Jésus, dans le sermon sur la montagne a déclaré : ‘Bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu’. Jésus ne peut être vu que par les purs de cœur. Il y a quelque chose à comprendre de ce côté pour saisir pourquoi nos jeunes pêcheurs se mettent à suivre Jésus.
Pierre, André, Jacques et Jean n’étaient pas des intellectuels. Ils n’avaient pas comme Paul suivi un cursus de rabbin. De leur religion, ils connaissaient ce que tous connaissaient et ‘pratiquaient comme tous pratiquaient. Jésus n’est pas allé chercher des compétences intellectuelles particulières. Il a regardé le cœur, le cœur pur de ces hommes. C’est tout ! Reste à comprendre ce qu’est un cœur pur.
Nous voilà au cœur de la spiritualité. Un cœur pur, c’est un cœur qui attend tout de Dieu. Ca n’a rien à voir avec le péché, avec la pureté de son âme. C’est tout simplement un regard tourné vers Dieu, qui se réjouit de ce qu’il est, de sa sainteté et qui lui rend grâce pour cela. Un cœur pur c’est autrement dit quelqu’un qui regarde devant lui, qui regarde Dieu et qui, surtout, ne se regarde pas lui-même.
Car se regarder, c’est le piège. Se regarder c’est croire qu’on peut s’en sortir seul, c’est mettre sa confiance qu’en soi, c’est rester avec ses idées à soi. Tôt ou tard c’est alors l’expérience de l’échec, de ses limites, de sa pauvreté et c’est même une très bonne chose. De façons diverses, nous passons tous un peu cette étape où nous avons l’impression plus ou moins de ‘mariner’ jusqu’à ce que nous prenions conscience, par la grâce de Dieu, qu’il nous faut regarder ailleurs que notre nombril. Le péché ici serait de ne plus avoir besoin de Dieu.
Les icônes sont justement un précieux secours pour cela. Les icônes, tout comme la prière de Jésus nous aident à nous laisser regarder par Jésus, à nous placer sous son regard, à tout attendre de lui, à nous accepter pauvres, des pauvres qui ont besoin sans cesse de la miséricorde divine.

Restons attentifs, Jésus nous appelle aujourd’hui encore, peut-être pas à une partie de pêche, mais davantage à une mission dans son Eglise, S’il nous appelle, il nous donne aussi sa force pour y arriver. Prions pour la mission qu’est notre paroisse, notre petit groupe si petit, si pauvre. Pour que nous ouvrions nos oreilles et notre cœur à son appel.

Père Antoine

 

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