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Dimanche de St Jean Climaque

Homélie de Père Antoine, 30 mars 2014 en l'église saint Basile et saint Alexis - 4ème dimanche du Grand Carême : de St Jean Climaque, Mc IX,17-31.

La scène se joue tout d’abord autour des disciples, ceux qui ne sont pas montés au Thabor (nous sommes juste après la Transfiguration) serrés par la foule et questionnés par les scribes. Jésus intervient à ce moment: « De quoi discutez-vous avec eux ? » et un homme sort de la foule pour lui expliquer que ses disciples ne sont pas parvenus à guérir son fils possédé par un esprit mauvais. Quelle douleur pour un père.
Avec colère, Jésus traite les scribes et les juifs de gens pervers et incrédules. Encore faibles, les disciples seront fortifiés après la Résurrection et surtout à la Pentecôte.
Bien qu’il sache tout, Jésus questionne le père, façon de montrer son intérêt pour l’enfant. A maintes reprises, ce père a sollicité l’aide de guérisseurs, en vain. Il a administré à son enfant les savantes recettes médicales proposées et l’a conduit à la synagogue. Puis l’impuissance des disciples, après tant de déconvenues rend l’espoir vraiment difficile.
« Si tu peux quelque chose, viens à notre aide, par pitié pour nous. » Et la réponse bouleversante de Jésus : « Si tu peux… tout est possible à celui qui croit ». Le vrai pouvoir c’est donc la foi. Quelle distance avec le pouvoir qui empoisonne les relations humaines et sème la guerre entre les nations ! A l’inverse du pouvoir fondé sur le culte du moi déchu, le pouvoir de la foi passe par un renoncement à ce moi, qui, restauré à l’image de Dieu, constitue le moi véritable. Ce pouvoir qu’est l’humilité chrétienne, moteur de toute marche vers le Royaume, jaillit du non-pouvoir humain, d’une attitude désarmée et de l’acceptation aimante de nos insuffisances devant Dieu et devant les hommes.
Conscient de sa faiblesse et de son manque de foi probablement à l’origine de l’échec des apôtres, le père provoque, lui, le miracle par son cri du cœur : « Je crois ! Viens en aide à mon peu de foi ! » Même si une part de doute subsiste, il opte pour la foi.
Réduire la maladie de cet enfant à un cas pathologique ne suffit pas. Jésus identifie clairement son état comme l’effet d’une possession et commande, pour preuve, à l’esprit impur de quitter l’enfant ainsi métamorphosé.
A ses disciples, l’interrogeant plus tard sur la raison de leur échec, il déclare : « C’est à cause de votre manque de foi. » Et d’ajouter : « Cette espèce de démon, on ne la fait sortir que par le jeûne et la prière », établissant un lien indissociable entre les deux, car le jeûne nourrit la prière qui concrétise à son tour la foi. Dans ses multiples relations avec la vue, l’ouïe et les autres sens, le jeûne conditionne ni plus ni moins la vie spirituelle.
Dans la vie spirituelle, la vraie force de propulsion réside dans la prière et le jeûne. Tout progrès implique le passage par la porte étroite évoquée par le Christ. Les Hommes extraordinaires, les grands ascètes comme Saint Jean Climaque dont nous vénérons la mémoire en ce 4è dimanche de carême, ont expérimenté dans leur vie le ‘pouvoir de la foi’. Les éléments du monde leur étaient soumis, les bêtes sauvages leur obéissaient, ils guérissaient les malades incurables et marchaient sur les eaux. Grâce à leur vie en Dieu, le pouvoir de la grâce surmontait en eux les lois de la nature terrestre.
Une erreur courante consiste à croire que l’ascèse appartient aux moines. Or le Christ répète inlassablement, c’était l’évangile de dimanche dernier : « Celui qui veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il se charge de sa croix et qu’il me suive. » Lorsque nous sommes faibles en Christ, c’est alors que nous sommes forts et que nous expérimentons au cœur de notre vie le pouvoir de la foi.
Dans son récit similaire de cette guérison, l’évangéliste st Matthieu rapporte des propos supplémentaires de Jésus aux disciples étonnés de leur incapacité d’expulser l’esprit mauvais : « Si vous avez de la foi gros comme un grain de sénevé, vous direz à cette montagne : Déplace-toi d’ici à là, et elle se déplacera ; et rien ne vous sera impossible. » (Mt 17,20)
Mais alors, pourriez-vous me dire, pourquoi utiliser d’énormes machines et dépenser des sommes fabuleuses si la foi suffit à déplacer les montagnes ? Dans un pays montagneux, cela mérite réflexion ! Grâce à son intelligence qui place l’homme au-dessus des autres créatures, les montagnes physiques ne sont plus des obstacles infranchissables. Avec le recours aux diverses énergies terrestres, il perce des tunnels, construit des ponts ou survole tout simplement les montagnes.
Jésus recourt ici à une image ; le mot ‘montagne’ symbolise les difficultés et les obstacles qui nous barrent parfois le chemin. Déclarer à propos d’un problème qu’il ne faut pas en faire une montagne signifie qu’une solution existe. Comme un levier, la foi engendre l’énergie nécessaire à déplacer et à surmonter les plus grands obstacles. L’énergie physique déployée par un bulldozer géant ou une fusée spatiale sont dérisoire en comparaison de l’énergie spirituelle obtenue à travers un attachement profond au Christ.
Par la foi, Pierre marche sur les eaux et s’enfonce lorsqu’il doute. Par la foi, des femmes et des hommes de tous les temps ont triomphé de la maladie, des persécutions, des épreuves les plus diverses, le regard fixé sur le Christ Jésus.
La prière établit le dialogue avec Dieu, Père, Fils et Saint Esprit. Elle met la Sainte Trinité au cœur de la vie par la mémoire du Nom. Cela demande un effort pour s’extraire de tout ce qui en éloigne. A quoi bon en effet observer à la lettre les jours de jeûnes en ne mangeant pas un gramme de produits d’origine animale si l’on ignore le jeûne des yeux, des oreilles, de la parole et la garde du cœur et de l’esprit ! La foi au Christ est d’abord conversion, retournement de la vie, faute de ressembler aux démons qui le confessent tout en luttant contre l’évangile et contre lui. Conversion du cœur et de l’esprit qui conduit à faire descendre l’esprit dans le cœur ! En effet, affirme St Paul dans son exhortation aux Corinthiens : « Quand j’aurais la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien. » (1 Co 13,2)

(Inspiré de Michel Quenot)

 

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