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Dimanche des Rameaux

Homélie de Père Antoine, 13 avril 2014 en l'église saint Basile et saint Alexis - dimanche des Rameaux, Jn XII,1-18.

L’icône des Rameaux ou de l’entrée de Jésus à Jérusalem

Comme chaque icône de fêtes, celle des Rameaux nous décrit ce que rapportent les Evangiles. L’icône est vraiment une écriture. Mais avec des formes, des couleurs et un langage symbolique qui enrichit le sens spirituel du texte.

Que signifie l’entrée de Jésus à Jérusalem ?

Jésus entre à Jérusalem pour y subir sa passion mais il entre avec triomphe, ce qui est paradoxal ! Jésus est acclamé. Il vient de ressusciter son ami Lazare. Beaucoup voit en lui un roi extraordinaire pour Israël : nous assistons à une acclamation populaire. On veut faire de Jésus le roi d’Israël. Nous verrons vendredi dans le récit de la passion que Pilate, non sans ironie fait mettre un écriteau sur la croix où il est écrit : ‘Jésus le nazaréen, le roi des juifs’.

Le Christ
Au centre de la composition. Il y a Jésus. Il est assis sur un âne et très souvent il est tourné vers nous, vers celui qui regarde. Il bénit de sa main droite. Dans la main gauche il tient un rouleau, celui de la Bonne Nouvelle qu’il est venu apportée sur terre.
Jésus est accueilli, ovationné en ce premier jour de la semaine sainte. Cet accueil de Jésus doit être aussi le notre, celui de notre roi. Il entre à Jérusalem mais davantage aujourd’hui pour être intronisé dans notre cœur, c’est là son royaume.
Jésus, tourné vers nous, vient à nous, attend une adhésion de notre part, et une obéissance intérieure et intime.
On remarquera qu’il n’y a rien de l’appareil de majesté ou de puissance dans cette icône. Jésus vient à nous, monté sur un âne.

Parlons de l’âne justement ou de l’ânon.
L’âne est une monture modeste et pacifique, en comparaison du cheval qui, lui, évoque la conquête, la guerre et la victoire… Mais l’âne est le symbole prophétique désignant la venue du messie.
« Réjouis-toi, fille de Sion… ton roi s’avance vers toi, humble, monté sur un ânon, petit d’une ânesse » Za. 9,9.
L’âne est l’animal qui reconnaît son maître parce qu’il lui donne à manger selon Isaïe, c’est également ce qu’on dit pour expliquer la présence de l’âne à la crèche. Il est aussi important de souligner, au passage, comment le Seigneur a associé le monde animal à sa naissance et à sa Passion.

Les Apôtres
Ils suivent derrière leur Maître. Ils ne sont pas toujours tous représentés. On distingue Pierre et le jeune Thomas qui avait déclaré : ‘Allons nous aussi pour mourir avec lui !’

La ville
La foule est massée devant la porte et attend Jésus. L’architecture de cette ville est variée selon les icônes. Les couleurs sont vives, lumineuses, c’est joyeux. Il y a comme une participation à la liesse de la foule. On aperçoit parfois le temple désigné par une coupole, mais c’est aussi le saint sépulcre, l’Anastasis, lieu du sacrifice et de la résurrection du XC.

L’arbre
Entre la montagne et la ville se dresse un arbre dans lequel des enfants grimpent pour mieux voir Jésus passé comme Zachée et aussi pour couper des branches et les agiter en l’honneur de Jésus. La présence ici de l’arbre n’est pas une simple illustration qui viendrait combler un espace vide. En icône, chaque chose a un sens. L’arbre, on le retrouve sur l’icône de la Trinité, parfois aussi à l’Annonciation et il est toujours au centre de la composition. Il est l’arbre de vie sur lequel va être offert le sacrifice de l’amour. Il préfigure donc la croix. C’est vers elle que nous allons cheminer toute cette semaine. C’est aussi elle qui nous achemine non vers la mort ; nous passons par elle mais nous cheminons vers la vie.

Les enfants
Dans les évangiles des Rameaux, il n’est pas question des petits enfants ; on parle de la foule qui jette ses vêtements devant l’âne et le XC. Par contre les offices de ce jour en parlent. Ce sont les enfants des hébreux, c’est une expression pour désigner simplement la foule, le peuple. Mais je trouve très intéressant justement de voir des enfants. Ils ont une grande place dans le cœur de Jésus. J’y vois une invitation à retrouver l’enfant que nous avons au fond de notre cœur, capable, en vérité, d’accueillir Jésus Roi-Messie, de crier : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.

Les palmes et les branches,
Ces branches étaient très probablement des rameaux d’olivier, l’arbre que l’on rencontre la plus fréquemment près de Jérusalem. Palmes et rameaux ont chacun leur signification symbolique. La palme exprime la victoire, l’olivier : la paix et l’onction. Aujourd’hui ce sont nos buis bénis. Ils symbolisent la vie nouvelle qui jaillit de l’arbre de la croix ce que les arméniens ont très bien exprimés dans les croix peintes ou sculptées. Dans nos maisons, nos branches de buis doivent justement nous rappeler la vie qui jaillit de l’arbre de la croix.

Les vêtements,
Et je terminerai par eux. C’est peut être le symbole le plus pertinent dans l’icône car il nous concerne directement. Nous voyons souvent, sur les icônes des Rameaux, de petits personnages qui se déshabillent au passage de Jésus. Les vêtements, les manteaux étendus représentent symboliquement nos possessions, notre sécurité, nos biens extérieurs, nos richesses. Autrement dit ce à quoi nous tenons le plus. Ils expriment encore nos apparences plus ou moins fausses et aussi nos idées, nos désirs, nos sentiments, tout de ce qui fait nos soucis, et qui souvent, il faut le dire nous empoisonnent l’existence. Ce geste de se dévêtir devant Jésus en dit long de notre soumission au Roi que nous choisissons. Se mettre à nu devant Jésus est une expérience spirituelle profonde. Le patriarche Athénagoras parlait de ‘désarmement’, il avait un jour accepté de se laisser désarmer. Il avait mis de côté ce qui était pour lui des armes, des sécurités, des assurances. Il avait accepté de ne plus avoir nécessairement raison, de ne plus être le maître de sa vie mais de laisser Jésus le seul maître. C’est une expérience qui ne se fait pas en un seul jour. C’est même le combat de toute une vie.
Se mettre à nu devant Jésus traduit une attitude intérieure qui doit être la notre en se début de la grande semaine. Les petits bons hommes devant l’âne, parfois sous l’âne, donnent le ton de cette grande semaine qui s’ouvre aujourd’hui.

 

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