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Dimanche de tous les Saints

Homélie de Père Antoine, 15 juin 2014 - dimanche de tous les Saints, Mt X,32-33,37-38,XIX,27-30

Après la belle fête de la Pentecôte où nous étions comme abreuvés à la source apaisante et vivifiante de l’Esprit Saint, l’évangile de ce dimanche nous ramène un peu les pieds sur terre.
« Beaucoup qui sont parmi les premiers seront derniers, et d’autres qui sont derniers seront premiers » : nous retrouvons là la perspective inversée comme dans les icônes avec en plus le renoncement à la famille, aux biens pour ne suivre que le Christ et aussi recevoir la récompense promise.
Cet évangile veut marquer la Toussaint orthodoxe, c’est donc la radicalité du message évangélique qui nous est présenté.

En cette fête de tous les saints, permettez moi de vous partager simplement quelques paroles sur la sainteté à laquelle chacun de nous est appelé, car ce n’est pas seulement l’affaire des moines, des moniales… mais de nous tous qui avons revêtu le Christ au jour de notre baptême.
D’abord une bonne précision que nous donne le starets Serge :

Il faut chercher l’humilité et non la sainteté, car la sainteté sans l’humilité n’est qu’une prétention. Il y a de la prétention et de l’orgueil à prétendre obtenir immédiatement des résultats. Les anges qui sont tombés et sont devenus des démons avaient la perfection puisqu’ils étaient des anges, mais ils n’avaient pas l’humilité, c’est pourquoi, n’ayant que la perfection, ils sont devenus des démons.
Je continue avec le starets Serge que vous pouvez aussi découvrir à travers le livre de Jean Claude Larchet. Deux mots quand même pour le présenter. Le starets Serge Chévitch est né en 1903 au Pays-Bas mais d’origine russe. IL fait donc partie de l’émigration russe qui va venir s’installer à Paris en 1923. Il travaille dans une banque et comme il a beaucoup de temps libre, il lit les sentence des Pères du Désert, l’échelle sainte de St Jn Climaque… Il veut se faire moine, s’en ouvre en 1938 au Starets Silouane de l’Athos lequel va lui répondre, et sa réponse sera d’ailleurs la dernière lettre de saint Silouane écrite avant de mourrir. Mais la guerre éclate, Serge ne peut se faire moine sur la Sainte Montagne. Il sera moine “dans la ville”. Ordonné prêtre il devient aussi higoumène du skit du Saint–Esprit au Mesnil-Saint-Denis où il vivra avec le P. Grug, célèbre iconographe. Il a été le père spirituel de grands hommes. Il est mort en1987.
Ce qu’il dit sur les choses matériels nous touche au premier degré :
Il ne faut pas se laisser accabler par les pensées des choses matérielles, et ne pas se crisper sur elles, mais garder au contraire vis-à-vis d’elles un certain détachement. En ayant ce détachement nous pourrons d’ailleurs mener plus facilement à bien toutes nos entreprises.
Face aux problèmes matériels, il faut adopter deux attitudes: le detachment et la prière.
Le détachement doit s’exercer vis-à-vis du présent, mais aussi de l’avenir et du passé. Il faut donc vivre dans le présent, car c’est le seul temps qui soit vraiment réel, le seul temps qui compte vraiment pour nous. Ce qui doit nous préoccuper, c’est comment nous sommes dans le présent, c’est l’état dans lequel nous sommes susceptibles, actuellement, de comparaître devant le Christ.
Notre sainteté, dans le fond, c’est l’affaire de Dieu. C’est lui qui, le premier, nous appelle. “Nul ne peut venir à moi… si le Père ne l’attire” (Jn 6, 44). Laissons lui l’initiative, il est tout puissant en amour, pas nous. L’homme est un pauvre qui a sans cesse besoin du secours de Dieu.
C’est là, dans la totale confiance en la Force de Dieu qu’est le Saint Esprit, ce n’est pas non plus avec nos forces à nous que nous pouvons vivre les paroles que l’évangile nous donne aujourd’hui qui ne sont pas faciles à entendre comme d’ailleurs toutes les paroles de Jésus.
Il y a nos péchés, me direz-vous peut-être, ils sont un obstacle à la sainteté. J’aimerai vous citer ici ce qu’écrivait le P. Matta el-Maskîne :
“Si seulement le pécheur savait que toutes ses fautes, toutes ses transgressions et ses faiblesses ne provoquent en Dieu que compassion et pardon. S’il savait qu’elles ne peuvent pas, quelqu’en soit la gravité, rebuter Dieu, venir au bout de sa miséricorde, ni entraver son amour un seul instant, il ne se cramponnerait pas à son péché, il ne se contenterait pas des ténèbres et ne chercherait pas à s’éloigner de Dieu, à se cacher derrière un écran pour dissimuler sa honte et pour ne pas voir la face du Très-Haut, alors que celui-ci s’efforce de lui montrer son amour et de l’appeler.”
Je poursuis avec le starets Serge, à propos de nos rapports avec les autres, il nous dit ceci :
Dans nos rapports avec les autres, il faut surtout manifester de la bienveillance, leur faire sentir que nous leur voulons du bien, que nous cherchons à les aider, et surtout que nous ne les jugeons pas. Nous devons chercher à les aider, mais sans nous imposer. Il ne faut pas leur donner des conseils à moins qu’ils ne nous en demandent. Il ne faut surtout pas leur donner des leçons, car très souvent cela les agace et risque de produire l’effet contraire de celui que nous escomptons. Il faut souvent prier pour eux. Ils sentiront ainsi que nous avons de la sympathie pour eux, que nous les aimons. La prière agit pour eux, mais aussi sur nous. La prière ajoute à notre bienveillance.
En effet la prière, si nous en ajoutons un petit peu partout, comme un asaisonnement, dans tous ce que nous faisons, entreprenons, dans nos relations avec les autres, ça va transforme tout. C’est un liant qui va faire que nos activités, nos relations sont liés pour former une longue prière.
Encore une dernière parole de notre starets :
Une règle de vie : plus prier et moins réfléchir. Dans l’autre vie, les spéculations ne nous serviront à rien.

Père Antoine

 

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