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« désormais tu seras pêcheur d'hommes »

Homélie de Père Antoine, 12 octobre 2014 - 18ème dimanche après la Pentecôte, Luc V,1-11

Le décor est planté : Jésus est sur le bord du lac de Tibériade appelé aussi lac de Génésareth. Il s’embarque sur le bateau de Pierre pour prendre un peu de recul et ainsi mieux se faire entendre de la foule qui le serre d’un peu trop prêt.
Quand il a fini de parler il demande à Pierre d’avancer au large et de jeter les filets pour pêcher ce à quoi Pierre, en homme de métier, fait remarquer que la nuit précédente ça n’a pas mordu laissant entendre que, de jour, cela ne sera pas meilleur… Mais qu’après tout il veut bien essayer à nouveau, nous connaissons la suite qui veut que les filets commencent à se déchirer sous le poids des nombreux poissons. Heureusement il y a la deuxième barque de Zébédée et de ses fils qui vient à la rescousse. Les deux barques suffisent à peine à ramener les poissons. Devant la puissance du miracle, Pierre a conscience de la sainteté de Dieu et de l’abîme qui le sépare de Jésus : « Seigneur, éloigne-toi de moi, car je suis un homme pêcheur » !
Dans cet évangile, que veut nous dire Jésus ? D’abord il apparaît que ce n’est pas notre péché ou notre indignité qui arrête Dieu ! Il suffit que nous prenions conscience de notre pauvreté, que nous soyons en vérité avec lui… Puis Pierre reçoit cette parole de confiance : « Sois sans crainte » avant de recevoir sa mission ; tu seras pêcheur d’hommes autrement dit un ‘sauveteur’.
‘Ce sont des hommes que tu prendras’ : en grec, le sens du mot employé ici est : ‘prendre vivant’. Quand il s’agit de poissons, c’est le mot qu’on emploie pour la pêche au filet ; quand il s’agit des hommes que l’on arrache à la mer, il signifie sauver. En effet capturer des poissons, les arracher à la mer, c’est les tuer parce que la mer est leur milieu naturel… tandis que prendre vivants des hommes, les arracher à la mer, c’est les empêcher de se noyer, c’est les sauver.
Nous sommes placés là devant le mystère extraordinaire de notre collaboration à l’œuvre de Dieu : nous ne pouvons rien faire sans Dieu, mais Dieu ne peut rien faire sans nous. La seule collaboration qui nous soit demandé, si on y réfléchit, c’est la confiance et la disponibilité. Le miracle ce n’est pas nous qui allons le faire…
Le miracle de la pêche est aussi pour nous aujourd’hui l’occasion de relire notre vie et de constater que notre confiance n’est pas toujours en Dieu. Nos échecs nous renvoient pratiquement toujours à cette même réalité de confiance mal placée. Nous avons bien du mal à lâcher prise et de laisser faire Dieu. Je ne dis pas que le miracle est nécessairement au bout mais c’est la voie…

Maintenant, j’aimerais attirer notre attention sur le fait que ce dimanche, nous faisons mémoire des saints Pères du 7ème concile œcuménique. Qu’est-ce que cela veut dire ? Le 7ème concile œcuménique est le dernier concile œcuménique de l’Eglise indivise, c.à.d. avant les divisions. Et de ce fait, les 7 premiers conciles sont le trésor commun de toutes les Eglises. Ce 7è concile s’est tenu à Nicée, Iznik aujourd’hui, c’est une petite ville d'Anatolie en Turquie. C’est le deuxième concile qui s’est tenu là. Nous sommes en l’année 787. Convoqué par l'impératrice Irène, il avait pour objectif de mettre un terme au conflit politico-religieux provoqué par l'iconoclasme. Le concile a affirmé la nécessité de vénérer les images et les reliques : l'honneur n'est pas rendu aux images, ni aux reliques mais, à travers elles, à la personne qu'elles représentent. Il a donc été question à ce concile des icônes et de leur vénération. La Liturgie nous fait déjà revenir sur ce 7è concile de Nicée le premier dimanche de carême, souvenez-vous quand nous faisons la procession autour de notre chapelle en portant les icônes… Pourtant ce concile ne suffira pas à rétablir la paix dans l’Eglise. Il faudra encore attendre pour que le triomphe de l’orthodoxie, comme on dit, soit vraiment rétabli. C’est grâce à une autre femme l’impératrice Théodora qui réunit un synode en 843 lequel confirmera la légitimité de celui de 787.

Alors les saints Pères dont nous nous rappelons le souvenir, qu’ont-ils à nous dire ce matin ?
L’art sacré trouve des défenseurs éloquents en St Jean Chrysostome, St Grégoire de Nysse, St Cyrille d’Alexandrie, et de Saint Basile qui dit dans un sermon en l’honneur du saint martyr Barlaam : « Venez à moi, vous les peintres des hauts faits. Complétez par votre art l’image imparfaite de ce chef d’armée. Faites briller par les couleurs de la peinture le martyre victorieux que j’ai décrite avec trop peu d’éclat… Léonce, evêque de Chypre et de Néapolis dira lui : « Je représente le Christ dans les églises et les maisons et sur les places publiques, sur les vêtements, en tout lieu, pour que, en les voyant nous nous souvenions (…) Car nous autres les chrétiens, possédant des images du Christ, c’est le Christ que nous baisons intérieurement et ses martyrs (…) Celui qui craint Dieu honore par conséquent et vénère et adore comme Fils de Dieu le Christ notre Dieu et la représentation de sa croix et les images de ses saints ». L’importance que les Pères attribuent à l’image n’est pas d’ordre artistique mais d’ordre pastoral, catéchétique. Ainsi saint Grégoire de Nysse dit dans son Eloge du martyr Théodore : « Tout cela, l’artiste le fait voir par l’art des couleurs comme en un livre qui aurait une langue. Car le dessin muet sait parler sur les murs où il s’étale et il rend les plus grands services. Quand à celui qui a aménagé les pierres des mosaïques, il a rendu digne de l’histoire le sol que nous foulons aux pieds ».
Les images défendues par les moines, le bas clergé et le peuple, et ce matin les Pères du 7è Concile œcuménique avaient essentiellement une portée pédagogique d’enseignement et de consolation. Selon le pape Grégoire le grand, l’image était même décrite comme « une Bible pour les illettrés ».
En tant qu’iconographe, il me semble important de rappeler cela. L’iconographie chrétienne, nos icônes sont des intercesseurs, des intermédiaires pour entrer en relation avec Dieu, avec son fils Jésus, sa mère et tous les saints…
Je terminerai en vous lisant un petit texte qu’un visiteur a écrit un jour sur le livre d’or à l’Atelier St Jean Damascène :

L’ICÔNE
Il ne suffit pas de regarder une icône
il faut savoir se laisser regarder par elle.
N’ayons pas peur de ce regard :
si nous avons péché
c’est un regard de pardon,
si nous sommes dans l’angoisse
c’est un regard de paix,
si nous sommes découragés
c’est un regard qui refait nos forces,
si nous sommes dans le doute
c’est un regard de lumière.
C’est surtout un regard d’amour
qui parfois nous bouscule
car il attend de notre part
Que nous puissions regarder comme Lui.

Père Antoine

 

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