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Dimanche de Thomas

Homélie de Père Antoine, 19 avril 2015 en l'église saint Basile et saint Alexis - dimanche de Thomas, Jn XX,19-31.

Nous pourrions presque dire : Merci Thomas d’être celui que tu es, car tu poses les vraies questions et tu nous aides à approfondir notre foi. En effet, la foi chrétienne est toute entière centrée sur la résurrection. Et comme a dit l’apôtre Paul » dans l’épître aux Corinthiens. Et si le Christ n'est point ressuscité, notre prédication est donc vaine, et vaine aussi est votre foi. (I Cor 15,14). Paul insiste sur cette vérité incontournable selon laquelle la foi chrétienne n’aurait aucun sens si la résurrection n’en était pas l’élément central.

Thomas l’incrédule nous guide ce 2è dim. Après Pâques sur le chemin initiatique de la foi chrétienne pour nous aider à affiner nos questions et nos réponses sur le thème de la résurrection. Il nous apparaît comme un homme particulièrement « branché », comme on dit aujourd’hui, car il refuse de croire ce que les autres disent sans en apporter la preuve. Il est rationnel dans ses pensées. A y regarder d'un peu plus près, il n’y va pas de main morte, il met les autres au défi de créer en lui une certitude qu’il n’a pas. En fait, il invite Dieu à relever le défi.

Pourtant qui est-il ce Thomas dont les Evangiles parlent peu ? Il ne fait pas partie des apôtres de premier plan. L’Evangile le mentionne seulement une autre fois pour dire qu’il a douté, déjà, de la capacité de Jésus à ressusciter Lazare. La tradition l'a l’enfermé dans le personnage de celui qui doute. Dans le cas précis, on dira plutôt qu’il prend ses distances par rapport aux autres Apôtres.
Thomas nous montre que si nous ne faisons pas de la résurrection une affaire personnelle, notre foi ne s’appuie pas sur de vrais fondements, car elle est le résultat d’une expérience personnelle avec Dieu, à l’issue de laquelle nous découvrons ce qu’est vraiment la résurrection, c.a.d. une autre manière d’aborder la vie. C’est alors que Jésus ressuscité se manifeste à nous, qu’il nous parle et qu’il s’empare de notre âme en venant vers nous. Il se propose de partager notre vie et il nous invite à partager la sienne. C’est au cours d’une telle rencontre que nous faisons l’expérience de la résurrection et qu’elle s’impose à nous. Mais encore faut-il faire cette expérience.

Nous avons une fâcheuse tendance à croire que l’expérience des croyants peut aider les autres à croire quand ils n’ont pas encore la foi. C’est une erreur d’imaginer que l’expérience des uns peut provoquer la foi chez les autres. Les non croyants n’ont pas forcément envie de suivre la voie de ceux qui se donnent à eux en exemple. Ils ne se sentent généralement pas au même niveau spirituel qu'eux. Au lieu de les amener à croire, cela provoque plus un sentiment de frustration qu’une envie de les imiter. On leur dit que la foi est un don gratuit de Dieu. Alors pourquoi ne l’ont-ils pas ? Le chercheur de Dieu, celui qui ne sent pas la foi monter en lui comme une sève de renouveau ne trouve pas son compte dans de tels exemples.

Cette frustration est bien celle de Thomas qui ne comprend pas pourquoi il est tenu à l’écart par son Seigneur et il considère le témoignage de ses frères comme un défi qu’il ne peut pas relever.

Certes dans le monde des croyants, c’est une autre affaire. Le témoignage des uns aide les autres à purifier leur foi par comparaison et ils s’édifient ainsi les uns les autres, mais la foi des autres ne sert pas à l’acquérir pour ceux qui ne l’ont pas, puisque elle est le résultat d’une intervention que Dieu fait en eux. C'est un acte créateur que fait Dieu pour chacun de ceux qui croient.

Mais rejoignons Thomas 8 jours après. Il n’a toujours pas cédé à la pression des autres et il attend que Dieu agisse en lui. Mais vous vous rappelez certainement que c’est lui qui en a fixé les critères de la rencontre. Il a défini de quelle manière Jésus ressuscité devait venir vers lui. C’est alors qu’il toucherait ses plaies, mettrait ses doigts dans la marque des clous, voilà ce qu’il veut. Le Jésus qu’il veut, celui auquel il pense, est encore un Jésus terrestre, un homme qui reste dans le prolongement de ce qu’il a déjà vécu avec lui, un homme qui n’est pas vraiment ressuscité puisqu’il porte encore les marques de son supplice. Thomas n’est pas capable d’imaginer une autre réalité qui ne soit au-delà de la vie terrestre.

Pourtant, si Jésus est vraiment ressuscité il doit être revêtu d’un corps nouveau qui ne porte plus les marques de son supplice. Le Jésus ressuscité qu’il espère et auquel il ne croit pas encore devrait être un être recréé par Dieu, d’une autre nature que l’être mortel qu’il a vu pendre lamentablement accroché par des clous au bois de la croix.

Beaucoup de croyants figent leur réflexion en matière de résurrection à ce niveau là. Ils se limitent à un miracle qui serait la réanimation d’un corps, comme si la vie se trouvait enfermée dans une conception matérielle de l’existence. Pourrions-nous dire que Thomas par sa conception rigide redoute la manifestation de Dieu en lui ? C’est le cas de beaucoup de ceux qui se refusent à croire en autre chose que ce que leur propre imagination leur dicte. Ils rangent la foi qu’ils n’ont pas encore dans des catégories de pensée qui n’ont pas cours dans le domaine de Dieu.

Dieu est patient, il attend le temps nécessaire pour que chacun soit capable d’accepter Dieu comme Dieu veut être perçu. Pour lui la résurrection n’est pas une vie améliorée, mais une vie recréée. « Crois-tu cela Thomas ? » Thomas est ébranlé par la longue attente. Huit jours est-il dit. Jésus vient, comme il le souhaitait. Il se présente à lui comme ce mort régénéré qu’il attendait. Dieu quand il se manifeste à nous tient compte des limites de nos capacités à le recevoir. Mais en même temps il nous aide à les dépasser. Jésus lui présente ses membres meurtris. Thomas voit les plaies laissées par les clous, il voit la plaie du côté. Je ne pense pas que Thomas ait touché les mains et le côté de Jésus. Mais je crois que Thomas a réalisé que les plaies n’etaient plus les traces de la mort mais les traces de l’amour et de la vie.

« Mon Seigneur, et mon Dieu » dit-il ! Tout a basculé dans le divin. Dans celui qui se présente à lui, il reconnaît Dieu, pas besoin de le toucher, surtout pas ! C’est à cet instant que Dieu a créé pour lui une réalité nouvelle. Il est désormais habité par la plénitude du divin. Inutile de voir ou de toucher pour croire. Il suffit de se laisser pénétrer par l’esprit qui crée en lui, comme en nous une réalité nouvelle. Heureux, désormais ceux qui, comme Thomas feront ce parcours, tel un parcours initiatique, car ils pourront croire sans avoir vu.

 

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