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dimanche de l'Aveugle-né

Homélie de Père Antoine, 17 mai 2015 en l'église saint Basile et saint Alexis - dimanche de l'Aveugle-né, Jn IX,1-38.

Vous avez remarqué que l’évangéliste Jean ne nomme pas l’aveugle. On ne sait pas son nom. Ce n’est pas comme Barthimée, l’aveugle de Jéricho, lui aussi guéri par Jésus. S’il n’y a pas de nom ici, c’est certainement voulu. C’est parce que chacun de nous est appelé à revivre dans son cœur cette illumination qu’est notre baptême.
On peut dire qu’en ce mendiant aveugle, Jésus considère avec douleur et joie l’homme qui partout mendie la vérité, cherche la lumière. C’est donc pour chacun de nous qu’aujourd’hui, Jésus déclare : ‘Je suis la Lumière du monde’.

Pour nous ouvrir à cette lumière, Jésus ouvre les yeux d’un aveugle de naissance, et cela par un geste lourd de sens : avec sa salive et la poussière du sol, il fait de la boue, rappelez-vous c’est le geste de la création de l’homme. La salive est un remède naturel que les animaux eux-mêmes connaissent. Tout comme Dieu avait modelé le premier homme, Jésus refait ici le modelage de l’homme en le guérissant. En guérissant son regard, en lui apprenant à voir autrement, à ne chercher d’autre lumière que lui, lui la Lumière de monde.

Mais remarquez cette fois que le modelage est suivi d’un bain qui opère une sorte de nouvelle naissance car l’homme revient lavé et voyant clair. L’homme est allé, envoyé par Jésus, à la piscine de Siloé, qui veut dire la piscine de l’Envoyé. Il y a là un jeu de mot puisque l’Envoyé c’est Jésus lui-même. Autrement dit, l’aveugle a été lavé, baptisé dans le Christ. Ceci est très fort. Nous aussi, frères et sœurs, c’est dans le Christ que nous sommes baptisés, dans le Christ que nous sommes guéris, recrées. Mesurons-nous toute la vie nouvelle qui est en nous ?

Dans le texte de l’évangile, un mot revient 7 fois : le mot ‘ouvert’. Par exemple, dans la question que les voisins et les pharisiens posent à l’aveugle : ‘mais dis-nous, comment tes yeux se sont-ils ouverts ? Dans le rite du baptême, il y a celui que l’on appelle l’effata, c’est un mot araméen qui veut dire précisément : ouvre-toi ! C’est le rite d’onction d’huile sur les cinq sens : les yeux, le nez, les oreilles la bouche, les mains et les pieds…. Disons que ce sont tous nos sens, tout notre être qui s’ouvre, le jour de notre baptême, à la Lumière qu’est Jésus. C’est une Lumière plus grande que celle que nous pouvons capter par le regard, une Lumière différente de celle qui se lève chaque matin et qui chaque soir disparaît ; différente du soleil qui donne à nos yeux de ‘caresser’ les choses de l’extérieur. La Lumière qu’est Jésus est d’un autre ordre ; c’est une Lumière intérieure qui à travers l’œil, illumine jusqu’à notre cœur et peut faire de nous des êtres de Lumière… Etre chrétien, ce n’est pas d’abord croire en Dieu. Les hommes n’ont pas attendu les chrétiens pour croire en Dieu ! Mais c’est ‘voir’ les hommes, les évènements, notre vie, l’histoire de l’humanité avec les ‘yeux’ du Christ Jésus. Cela change tout !

Voir avec les yeux de Jésus, c’est voir aussi avec les yeux de la foi. Et nous avons remarqué dans l’évangile que l’aveugle s’y achemine par étapes dans la foi. Il commence par nommer Jésus : « l’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue » dira-t-il à ses voisins. Les pharisiens vont lui demander : « Et toi que dis-tu de lui ? ». « C’est un prophète, c’est un homme qui vient de Dieu ». Tout cela, il le dit sans aucune aide, sans aucune influence extérieure : puisque même ses parents l’ont lâché par peur des juifs. Et nous arrivons au dénouement du drame quand Jésus se présente au miraculé comme le Fils de l’homme : « Je crois Seigneur », et il se prosterne devant lui – devant celui qui dit : « Je suis la Lumière du monde ».

Vous voyez, nous avons là dans ce récit, retracées les étapes de notre baptême. Ce baptême que nous avons à faire grandir. Car nous ne sommes pas baptisés et point final. Baptisés, nous le devenons, nous le devenons chaque jour un peu plus si nous nous ouvrons à la vie de Jésus en nous, à la Lumière qu’est Jésus. Le baptême est finalement une véritable aventure. Une aventure qui nous engage à fond. Non ce n’est pas une maladie que nous avons contractée quand nous étions petits. C’est le plus beau cadeau qu’ont pu nous faire nos parents et de cela nous devons les remercier.

A ce propos je vous cite à nouveau (car je l’ai déjà fait) une réaction de sœur Sarah. Soeur Sarah est la religieuse copte qui a pris la suite de Soeur Emmanuelle près des chiffonniers du Caire. Alors Soeur Sarah, en bonne orientale, nous dit ceci : « Je suis frappée par le nombre d’Européens qui ne baptisent plus leur enfant. Ils préfèrent attendre qu’il soit majeur, donc libre. C’est un véritable péché. A-t-on le droit de demander à un bébé : « Veux-tu prendre ton lait maintenant, ou patienter jusqu’à la majorité, il va mourir de faim. C’est l’évidence même. On n’a pas le droit de proposer cette alternative. Ce qui équilibre un être humain, c’est sa relation avec les hommes et avec Dieu… »

Frères et sœurs, en ce temps pascal, prions les uns pour les autres afin que nous nous laissions envahir par la Lumière qu’est le Christ afin qu’il nous renouvelle dans la grâce de notre baptême.

 

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