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La Cananéenne

Homélie de Père Antoine, 27 septembre 2015 en l'église saint Basile et saint Alexis - la Cananéenne, Mt XV,21-28.

Nous venons de lire un passage d'Évangile où il est question de la guérison de la fille de la femme Cananéenne qui était tourmentée par les démons. Cet Évangile met en lumière trois vertus spéciales de la femme Cananéenne, à savoir sa forte foi, sa profonde modestie et sa prière persévérante, toutes les trois ancrées dans son amour de mère qui s'identifie complètement avec la souffrance de sa fille tourmentée par les démons. Nous découvrons aussi que nous avons là une leçon sur la prière.

Ce récit préfigure l’annonce de la Bonne Nouvelle du Salut aux païens. Alors que cette femme n’est pas juive, elle s’exclame : « Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David » (Mt 15,22). En disant ‘Fils de David’, elle reconnaît que le Salut vient des Juifs. Mais si elle s’adresse au Messie d’Israël, elle, une païenne, c’est qu’elle croit qu’Il est aussi le Messie de tous les hommes.

Les disciples demandent à Jésus de faire quelque chose car ils n’en peuvent plus d’être poursuivis par ses cris. Et Jésus répond favorablement à cette demande. Il leur montre ainsi la mission qu’ils devront accomplir : Ils sont là pour conduire toutes les nations, même païennes, vers Jésus. Bien sûr, leur motivation n’est pas encore parfaite. Ils agissent parce qu’ils sont agacés par les cris de la femme. Cela nous montre aussi que le Seigneur n’attend pas que nous soyons parfaits pour accueillir nos prières. Parfois, nous pouvons nous sentir indignes de poser des actes au nom de Jésus parce que nous avons conscience de nos limites, de nos péchés. Mais les Apôtres eux-mêmes ne sont pas parfaits et pourtant Jésus les envoie et leur donne de porter du fruit. Il en est de même pour nous. N’attendons pas d’être parfaits, d’avoir suivi plusieurs formations avant de commencer à annoncer la Grâce de Dieu pour les hommes. Le Seigneur utilise des serviteurs imparfaits pour répandre son message de Paix et de Salut.

Nous remarquons particulièrement le fait que la femme, cette mère affligée, devient un maître pour tous les gens de foi et pour l'Église. Son cri: "Dieu, aie-pitié de moi" est devenu une prière de l'Église; la prière la plus concise que l'Église est: "Dieu, aie-pitié", Kyrie eleison ! Cette prière inclut tout l'amour charitable, la pitié de Dieu qui est l'amour charitable et humble pour les hommes.

Après avoir montré aux disciples le poids de leur intercession, nous les avons vu intercéder pour la cananéenne, Jésus, par un dialogue avec la Cananéenne, met en lumière la disposition intérieure de foi de cette femme. Jésus lui dit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël » (Mt 15,24). Comme elle insiste, Jésus lui dit alors : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens » (Mt 15,26). La Cananéenne lui répond: « C’est vrai, Seigneur, mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table du maître » (Mt 15,27). Ces paroles nous révèle l’attitude intérieure qui doit accompagner la prière d’intercession. D’une part, la Cananéenne reconnaît en Jésus le maître, le Messie d’Israël. Elle professe sa foi. L’intercession commence donc par reconnaître qui est Dieu, dans son Amour et dans sa Toute Puissance. D’autre part, elle réitère sa demande par l’affirmation que rien ne lui est dû. C’est pourquoi la Cananéenne pose un acte d’humilité en comparant son attitude à celle du petit chien. Croire que Dieu peut tout sans rien réclamer comme un dû est la clé de toute intercession. C’est avant tout un acte de confiance en l’Amour Miséricordieux du Seigneur.

Peut-être que quelqu'un d'autre aurait été offensé en entendant les mots du Sauveur: "Ce n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux chiens", mais elle avait un unique but, peu importe comment on la considérait, ce qu'elle voulait c'est que sa fille tourmentée par les démons guérisse. En raison de sa modestie ancré dans son amour et son chagrin elle a accepté d'être comparé aux chiens, mais nous voyons que la modestie est une source de sagesse et de courage aussi. La modestie n'est pas de la lâcheté, mais la connaissance de ses propres limites, associée à l'espoir et la confiance en l'aide de Dieu; elle a répondu: "C'est vrai, Seigneur, d'ailleurs les chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres".
En voyant ses qualités, le Christ, notre Sauveur loue ses paroles: "O femme, grande est ta foi! , qu'il t'advienne ce que tu veux". Ces liens étroits entre la foi vivante, la modestie profonde, et la grande patience et persévérance dans la prière est une leçon vivante, pour chacun d’entre nous.

L'Évangile nous montre l'importance de la prière non seulement pour nous, mais aussi pour les autres, et plus particulièrement pour ceux qui ne savent pas prier, ne prient pas, ou ne peuvent plus prier… Tourmentés par de mauvais esprits, beaucoup de gens malades physiquement ou mentalement, ne peuvent plus prier pour eux-mêmes; c'est pourquoi les fidèles: la mère, le père, l'ami, le frère ou la sœur qui ont une grande foi sont très précieux; pour qu'en raison de leur foi, Dieu guérisse celui qui désormais ne peut pas prier pour lui-même.

 

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