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Le riche et Lazare

Homélie de Père Antoine, 1er novembre 2015 en l'église saint Basile et saint Alexis - le riche et Lazare, Lc XVI,19-31.

Je ne sais pas comment vous vous sentez après avoir écouté cette parabole, certainement pas très l’aise… Cette parabole qui s’actualise aujourd’hui pour nous est particulièrement tranchante, provocatrice, déstabilisante même… car nous devons bien comprendre que le riche, c’est nous. Même si nous avons beau chercher dans les recoins de notre conscience des traces de pauvreté, il nous faut nous rendre à l’évidence : l’image du riche dans la parabole c’est la notre. Si, nous sommes des riches.
Le contraste est violent dans notre texte. D’un côté, le riche, de l’autre le pauvre. Vous avez vu : le pauvre a un nom : Lazare ; le riche n’en à pas, il est anonyme. Porter un nom dans la bible a une grande importance. Cela signifie compter aux yeux de Dieu. On peut dire déjà que le riche, lui, ne compte que sur lui, son avoir, sa fortune. Il se pavane dans ses habits de luxe pendant que Lazare est couvert de haillons. Le riche fait tous les jours bonne chair. Lazare est à la porte et ne peut même pas ramasser les miettes ; ses invités, à lui, ce sont les chiens.
Mais voilà, Lazare et le riche meurent tous les deux, et vous avez remarquez : les rôles sont inversés. Lazare est « aux anges ». Le riche est enterré, point à la ligne. Le raccourci est significatif. Pour Lazare c’est une véritable ‘ascension’ puisque les anges l’emportent auprès d’Abraham. Le riche : on l’enterre, lui qui avait connu tous les plaisirs de la terre, eh bien, il retourne à la terre.
Regardons de plus près ce riche. Nous irons voir Lazare ensuite.
D’abord, on peut se demander : ‘mais dans le fond pourquoi le riche est-il condamné ?’… Je ne pense pas que c’est parce qu’il était riche. Non, mais plutôt parce que la richesse l’a empêché de voir, de voir Lazare à sa porte. Ce riche est comme anesthésié, il n’est plus atteint par le reproche de la pauvreté. Il trouve que c’est normal. Et c’est pour cela que Jésus blâme précisément tous les riches. En soi, ce n’est pas la richesse qui est mauvaise ; mais dans la mesure où elle nous éloigne des autres, et donc de Dieu – car le riche ne compte que sur sa richesse – elle est alors un risque pour le salut. Dans l’évangile, être riche signifie : mettre sa sécurité dans ses biens, être encombré de soi-même. Et par ce contraste, il est très intéressant de savoir que le nom « Lazare » signifie : « Qui compte sur le secours de Dieu ». Ah, heureux sont-ils ceux-là !
Le riche est resté sourd à la Parole de Dieu. Le riche est resté aveugle à la détresse de Lazare. Il comptait sur sa seule fortune, il n’a eu besoin de personne durant sa vie : il s’est condamné à vivre éternellement seule = c’est devenu aussi son enfer à lui !
Mais on peut se demander : ‘le riche pouvait-il être sauvé ?’ Oui je crois et grâce, précisément, au pauvre Lazare. Oui, le salut pouvait venir par le pauvre !
En disant cela vous comprenez que si le pauvre Lazare donne le salut, il est une figure du Christ Jésus. En effet, on peut voir Lazare comme une icône du Christ, une image de Jésus. D’ailleurs deux indices nous sont données : Lazare et ses ulcères est une première figure de Jésus dans sa passion, de Jésus flagellé, humilié. Il nous rappelle le serviteur souffrant d’Isaïe. L’autre indice, c’est Lazare dans son ascension, emporté par les anges, c’est exactement l’image que les iconographes prendront pour décrire l’ascension même de Jésus… La vie de Saint Martin qu’on célèbrera le 11 novembre, nous rapporte comment notre saint, alors jeune officier de l’armée romaine, fit la rencontre d’un pauvre à la porte d’Amiens… vous savez la suite : Martin lui partagea sa ‘chlamyde’, autrement dit son manteau. Et durant la nuit qui suivi son geste, Martin vit en rêve le Christ lui-même revêtu de cette moitié de manteau.
Alors, si Lazare c’est Jésus et si Le riche c’est moi, chacun de nous, la parole de l’évangile aujourd’hui fait du sens, elle nous concerne au premier degré.
Oui, Jésus est à notre porte, il attend que je le regarde, il espère quelques miettes de ma tendresse. Est-ce que je vais me laisser toucher ?
Lazare, icône de Jésus, nous dit dans le silence la souffrance de Dieu, son humilité, et aussi sa pauvreté. Devant cette image, ne pensons plus que c’est Dieu qui nous blesse, qui nous fait du mal… On lui reproche tellement l’existence du mal dans le monde.
L’évangile de ce dimanche nous redit peut-être la difficulté pour les riches d’entrer dans le Royaume, mais il y a plus, il y a quelque chose qui nous dit l’amour fou de Dieu pour l’homme, pour chacun de nous … Jésus s’est finalement présenté à nous sous la forme d’un pauvre, d’un serviteur, d’un condamné. Jésus s’est présenté du côté des pauvres : il prend soin d’eux, il défend leurs droits, ceux du pauvre, ceux de la veuve, de l’orphelin. Jésus est venu prendre leur place, s’identifier à eux. ‘Il s’est dépouillé, dit St Paul, il s’est vidé, il s’est abaissé, de riche il est devenu pauvre. En Jésus-Christ pauvre et abaissé, Dieu a pris le visage de la détresse humaine, et désormais c’est à eux que la Bonne Nouvelle est adressée, c’est à eux qu’appartient le Royaume. Ce sont les pauvres qui peuvent nous dire le salut de Dieu, ce sont eux qui, aujourd’hui nous évangélisent. Par eux vient le salut ; ils sont notre ciel.
Mes bien-aimés, si Jésus est à notre porte, ne gardons pas notre tendresse pour nous ; ayons aussi une attitude de pauvre, car le pauvre n’est pas toujours celui qui n’a rien, mais c’est encore celui qui est capable de tout recevoir. Recevons cette parabole qui nous agresse peut-être. Recevons Jésus qui, mieux que la goutte d’eau au bout du doigt de Lazare, nous donne son sang à boire et son corps en partage, signes vraiment inouïs de son amour pour nous. Amen !

 

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