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Dimanche du Publicain et du Pharisien.

Homélie de Père Antoine, en l'église saint Basile et saint Alexis, le 21 février 2016 - Lc XVIII,10-14.

Aujourd’hui nous avons ouvert le livre du Triode. Le livre où nous trouvons tous les textes propres au temps du carême. Ce mot ‘triode’ veut dire ‘trois’ odes, il signifie encore que durant trois dimanches nous allons avoir une sorte de mise en bouche pour goûter le carême. Nous avons donc trois dimanches avant celui du Pardon, trois dimanches pour nous préparer à ce temps si riche, si fort qu’est le carême.
Et aujourd’hui, nous rencontrons deux personnages bien connus des évangiles : le Publicain et le Pharisien, deux personnages oui, mais surtout deux attitudes bien typés que Jésus rencontre constamment et nous savons son amitié pour les publicains et son aversion pour les pharisiens dont l’idéologie trop poussée devient un vrai poison. C’est précisément ce poison qui conduira Jésus sur la croix. Et Jésus ne cessera de nous mettre en garde contre cette mentalité qui met le dogme en avant, en priorité, et qui en fait un absolu… Les pharisiens étaient encore les grands canonistes de l’institution. Et leur jeu était d’anéantir la nouveauté du message que Jésus apportait.
Jésus, dans cet évangile nous décrit donc deux attitudes très différentes, très typées, schématisées pour faire ressortir la morale de l’histoire et il veut nous faire réfléchir sur notre propre attitude. Nous allons découvrir probablement que nous adoptons l’une ou l’autre suivant les jours.
Les publicains étaient mal vus et, pour certains d’entre eux, au moins, il y avait de quoi : n’oublions pas qu’on était en période d’occupation. Les publicains étaient au service de l’occupant : c’étaient des collaborateurs. De plus, ils servaient le pouvoir romain sur un point très sensible chez tous les citoyens du monde, et à toutes les époques : les impôts. Le pouvoir romain fixait la somme qu’il exigeait et les publicains la versaient d’avance ; ensuite, ils avaient pleins pouvoirs pour se faire rembourser sur leurs concitoyens… Les mauvaises langues prétendaient qu’ils se remboursaient plus que largement. (Quand Zachée promettra à Jésus de rembourser au quadruple ceux qu’il a lésés, c’est clair !) Donc quand le publicain, dans la prière, n’ose même pas lever les yeux au ciel et se frappe la poitrine en disant : « Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis », il ne dit sans doute que la stricte vérité.
Apparemment, ne dire que la stricte vérité, être simplement vrai devant Dieu, c’est cela et cela seulement qui nous est demandé. Être vrai devant Dieu, reconnaître notre précarité, voilà la vraie prière. Quand il repartit chez lui, « il était devenu juste », nous dit Jésus.
Les pharisiens, au contraire, méritaient largement leur bonne réputation : leur fidélité scrupuleuse à la Loi, leur ascèse pour certains, la pratique régulière de l’aumône… traduisait assez leur désir de plaire à Dieu. Et tout ce que le pharisien de la parabole dit dans sa prière est certainement vrai : il n’invente rien. Seulement, voilà, en fait, ce n’est pas une prière : c’est une contemplation de soi-même, et une contemplation satisfaite ; il n’a besoin de rien, il ne prie pas, il se regarde. Il fait le compte de ses mérites et il en a beaucoup. Or nous avons souvent découvert dans la bible que Dieu ne raisonne pas comme nous en termes de mérites : son amour est totalement gratuit. Il suffit que nous attendions tout de lui.
On peut imaginer un journaliste à la sortie du Temple avec un micro à la main. Il demande à chacun des deux ses impressions : « Monsieur le publicain, vous attendiez quelques choses de Dieu en venant au temple ? » - Oui…- Vous avez reçu ce que vous attendiez ? – Oui et plus encore » répondra le publicain. – « Et vous Monsieur le pharisien ? – Non, je n’ai rien reçu »… Un petit silence et le pharisien ajoute : « Mais je n’attendais rien non plus. »
La dernière phrase du texte dit quelque chose du même ordre : « qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. » Il ne faut pas déduire de cette phrase que Jésus veut nous présenter Dieu comme le distributeur de bons ou mauvais points, le surveillant général de notre vieux collège dont on avait tout avantage à être bien vu. Ici, tout simplement, Jésus fait un constat, mais un constat très profond : il nous révèle une vérité très importante de notre vie. S’élever, c’est se croire plus grand qu’on est ; dans cette parabole, c’est le cas du pharisien et il se voit en toute bonne foi comme quelqu’un de très bien ; cela lui permet de regarder de haut tous les autres, et en particulier ce publicain peu recommandable.
Luc le dit bien : « Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient tous les autres ». Cela nous arrive à tous, mais justement, c’est là l’erreur : celui qui s’élève, qui se croit supérieur, perd toute chance de profiter de la richesse des autres ; vis-à-vis de Dieu, aussi, son cœur est fermé : Dieu ne forcera pas la porte, il respecte trop notre liberté et donc nous repartiront comme nous sommes venus, avec notre justice à nous qui n’a apparemment rien à voir avec celle de Dieu.
S’abaisser, c’est se reconnaître tout petit – ce qui n’est que la pure vérité – et donc trouver les autres supérieurs à soi. Paul dit dans une de ses lettres : « considérez tous les autres comme supérieurs à vous-mêmes ». C’est vrai : sans chercher très loin, tous ceux que nous rencontrons ont une supériorité sur nous, au moins sur un point… et si nous cherchons un peu, nous découvrons bien d’autres points. Et nous voilà capables de nous émerveillés de leur richesse et de puiser dedans. Vis-à-vis de Dieu, aussi, notre cœur s’ouvre et il peut nous combler.
Pas besoin d’être complexés : si on se sait tout petit, pas brillant, c’est là que la grande aventure avec Dieu peut commencer. Au fond cette parabole est une superbe mise en images de la première béatitude : « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux ».

 

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